J’PEUX PAS, J’AI LICORNE !

Ou comment renvoyer à vos ancêtres une souffrance qui ne vous appartient pas.

Février 2019, je sors du Musée Cluny. Ouf, j’ai failli manquer de peu l’exposition « Magiques Licornes » qui se termine dans quelques jours. Quelle histoire incroyable autour de cet animal fantasmagorique devenu aujourd’hui icône !

Le soleil est radieux et je décide de pousser la balade dans un parc à côté. Des oiseaux commencent à se faire entendre, comme si c’était le printemps. Une sorte de joyeux vacarme peine à couvrir le bruit des voitures.

Tout à coup, c’est un bruit sombre et mélancolique qui surgit derrière ce chêne imposant.

Je m’approche et je découvre une silhouette blanche adossée au tronc. Sa posture recroquevillée en dit long sur son désarroi, et sa paire de Ray-Ban ne suffit pas à cacher une profonde tristesse.

Aucun doute, c’est bien une licorne en pleine crise d’angoisse qui se trouve devant moi.

Je ne puis la laisser ainsi, je tente alors d’entamer le dialogue.

« Puis-je vous aider ? Est-ce que tout va bien ? »

Otant ses lunettes, j’aperçois alors ses yeux rougis par les larmes….

« Pourquoi ? Vous vous sentiriez bien vous avec un héritage pareil ?! »

Je ne comprends pas bien de quoi elle parle, et j’insiste.

« Mais de quel héritage parlez-vous ? »

« De ma famille pardi et de tous mes ancêtres !

Ça vous plairait à vous d’avoir une ancêtre moyenâgeuse qui attend depuis plus de cinq siècles au pied de sa Dame ? !

Ça vous plairait que l’on compare votre corne à une verge frontale ou à un phallus ?

Ou d’incarner tour à tour la pureté et la virginité, puis la sexualité ou encore la double sexualité, pour enfin me retrouver en version paillettes sur Internet !

Tout ça pour qu’aujourd’hui, je ne puisse même plus traverser le Marais sans déclencher l’hystérie !

Entre l’héritage biblique et celui de la pop culture, je me sens perdue…Je ne sais plus qui je suis. »

Effectivement, c’est quelque peu déroutant…

« J’ai même pensé à devenir Petit Poney. C’est vous dire ! »

De tout évidence, la jeune licorne venait de subir de plein fouet son passé. Son héritage transgénérationnel lui faisant alors sentir tout le poids de sa lignée sur son dos.

Le transgénérationnel, ou la psychogénéalogie, c’est tout ce qui est transmis inconsciemment de génération en génération au sein d’une même famille : secrets de famille, deuils non accomplis, traumatismes non digérés, non-dits…

C’est notre passé toujours vivant qui interagit sur notre présent.

Certaines de ces mémoires sont des trésors que l’on garde précieusement. Mais certaines sont des pièges qui nous enferment.

Alexandro Jodorowsky dans son livre « La famille, un trésor, un piège », nous explique comment notre arbre généalogique nous impose ses limites, matérielles et psychologiques, ses peurs, ses rancœurs, ses frustrations et ses illusions.

En d’autres termes, nous héritons certes des yeux bleus du grand-père, mais nous héritons également d’une part de son vécu douloureux.

Cet héritage se traduit, sans que nous puissions en faire la relation, par : la maladie, la douleur, l’échec, les actes manqués, les répétitions et tout un tas de difficultés existentielles qui tiennent de l’indicible et de l’invisible.

Le terme « psychogénéalogie » a été inventé dans les années 80 par Anne Ancelin Schützenberger. Cette grande psychothérapeute dit notamment « Nous continuons la chaîne des générations et payons les dettes du passé ; tant qu’on n’a pas effacé l’ardoise, une loyauté invisible nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou non, la situation agréable ou l’événement traumatique, ou la mort injuste, voire tragique, ou son écho ».

Ou encore « Ce qui ne s’exprime pas en mots s’imprime, et s’exprime alors en maux. »

Tout est dit ou presque. Et il est fort à parier que cette jeune licorne désœuvrée souffre de tous ces maux du passé.

Mais pourquoi souffre-t ’elle tant aujourd’hui de cet héritage ?

Et comment se défaire de ces mémoires encore actives ?

L’Hypnose Humaniste peut l’y aider.

En effet, nos ancêtres ont mis en place des programmes qui sont sans cesse actualisés et qui continuent de tourner. Cette transmission familiale est inconsciente et involontaire.

En étant en ouverture de conscience ou en transe hypnotique, la licorne, ou la personne, va pouvoir avoir accès à la mémoire de l’Inconscient, qui lui sait tout !  Alors même si l’on manque d’information sur sa famille, on peut toujours travailler et réparer les blessures du passé.

De prime abord, ça peut paraître complètement délirant comme approche thérapeutique. Et pourtant le malaise, la maladie et les blessures sont parfois bien là, sans que nous sachions pourquoi.

Prenons quelques exemples plus concrets (et il y en a tant d’autres !) :

La loyauté familiale, par exemple. Il subsiste parfois des rancunes, des ressentiments face à des spoliations familiales. Une usine ou une ferme perdue vont entraîner un sentiment perpétuel d’injustice face à une certaine classe sociale. On ne sait plus pourquoi, mais par loyauté à son clan, on déteste certains clans et certaines couches sociales.

Prenons cette histoire de l’arrière-grand-père qui aurait voulu faire des études mais n’a jamais pu. Là aussi, une loyauté inconsciente peut s’installer. Entraînant ainsi une série d’échecs scolaires d’enfants pourtant intelligents. Comme si inconsciemment, ces enfants avaient des difficultés à atteindre un niveau scolaire non atteints par cet ancêtre, ne voulant pas le « trahir ».

Passons à des événements inavouables, comme un inceste par exemple. Ce secret encombrant est passé sous silence par une partie de la famille. Mais cela n’empêche pas le cadet de la fratrie de ressentir ces silences très « chargés ». Alors pour donner du sens et par une forme de fidélité inconsciente, plus tard, il décide de reproduire ces actes.

Autre fait surprenant, les histoires qui se répètent ou « le syndrome d’anniversaire » : une naissance, un mariage, une maladie ou une mort arrivent bizarrement à une même période, à une date anniversaire. Ces répétitions courent parfois sur plusieurs générations et l’on constate que sur trois générations, les filles de la famille ont toutes eu un cancer à l’âge de 35 ans.

Mais comment savoir tout ça ?!

Pour cela, il faut tout d’abord réaliser son génosociogramme. Cela consiste en fait à réaliser son arbre généalogique, mais en y ajoutant les faits marquants traumatisants (maladies graves, décès, viol, suicide, meurtre, emprisonnement, internement, alcoolisme, guerres, fausses couches, adultères …) et les grands événements (naissances, mariages, rencontres, diplômes, métiers, fortune…).

Faire son génosociogramme demande beaucoup d’implication. Mais les fils invisibles de la toile familiale apparaissent très vite et peuvent expliquer rapidement certains de nos comportements actuels. N’oublions pas non plus, que si certains événements ne semblent pas nous toucher, il est conseillé de faire ce travail de nettoyage pour que nos enfants n’en héritent pas un jour.

Travailler sur son transgénérationnel, c’est donner une réponse nouvelle à une situation ancienne. C’est donner du sens à l’invisible et à l’indicible.

La licorne a finalement accepté que nous travaillions ensemble. Avec son arbre généalogique qui remonte jusqu’à l’antiquité, elle a du pain sur la planche !

Mais une chose est sûre, elle va enfin pouvoir renvoyer à ces ancêtres une souffrance qui ne lui appartient pas.

Et moi, j’ai toujours rêvé de dire « J’peux pas, j’ai licorne ! »

TIPS & TRICKS

#1 – Si vous souhaitez savoir par quel bout commencer pour réaliser votre génosociogramme, contactez-moi sur valerie@maunylyfe.com.

#2 – Devinette : une licorne épanouie qui boit un verre tranquille avec Petit Poney dans le Marais, c’est quoi ?…Une Lycorne avec un Y, bien-sûr !

#3 – Courrez et allez acheter le formidable livre d’Anne Ancelin Schützenberger « Aïe, mes aïeux ! ». C’est l’incontournable du transgénérationnel !

#4 – Photo de Licorne en couverture par l’artiste SAKU non TORIDORI. Découvrez son univers déjanté sur www.sakunotoridori.net/portfolio

Cinq siècles qu’elle attend sagement auprès de sa Dame effectivement…
Tapisserie de la « Dame à la Licorne » conservée au Musée de Cluny (Musée National du Moyen-Age)

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